jeudi 17 juin 2010

Les RSG s'en vont en guerre...

Samedi dernier, j'étais assise devant le hublot du bocal de danse de mes filles. Elles s'escrimaient à tenter un twist dans une jupette à taffetas violacé quand la discussion autour de moi s'est transformé en revendications pro-RSG, un acronyme qui est la version courte de "responsable de service de garde", version longue du communément défunt "Gardienne". Les manchettes nous tabassent depuis quelques semaines de cette information: dans les journaux, à la télé, les blogues... Si bien que le commun des mortels en fait son propre débat dans les forums de discussion de parents dépités et sur les trottoirs à attendre l'autobus après avoir été déposés ses enfants chez la RSG. La pierre angulaire? Les RSG auront droit à la syndicalisation, droit qui leur avait été injustement retiré lors de l'échafaudage des places à 5$(7$ aujourd'hui) en 1997.

Dans ce discours revendicateur plein d'espoirs auquel je me suis mêlée modérément, on convoitait les généreux congés des éducatrices en CPE, leur salaire bien sûr et leurs avantages sociaux. Une revendication compréhensible et au moins en partie légitime. J'ai tout de même émis quelques réserves pour dégonfler des ballons qui s'emplissaient tels une grenouille qui se prenait pour un boeuf: "Avec mon ancienneté, je vais avoir le droit à 5 semaines de vacances" se référant aux vacances glorifiées des fonctionnaires. Je me suis enquérie du comment elle pouvait avoir 15 ans d'ancienneté (le seuil auquel au gouvernement provincial on atteint les 5 semaines de vacances), les milieux familiaux ayant débuté leur existence en 1997? Elle m'a répondu qu'elle était éducatrice à la maison bien avant ça, qu'elle faisait ce job depuis au moins 15 ans. Ah. Expérience et ancienneté sont deux girons bien différent au gouvernement. 5 années d'expérience ne sont pas 5 années d'ancienneté. On peut avoir travaillé 25 ans dans un domaine et débuter une carrière gouvernementale à 50 ans. À 51 ans, malgré tout le bagage qu'on a édifié derrière nous, l'ancienneté sera d'un an. Un an: c'est à peine l'âge de commencer à marcher, on est purement un nouveau-né fonctionnaire aux droits à peine encore éclos.

Se faisant le défenseur de ses dames, une de nos grandes gueules nationales, M. Stéphane Gendron a énoncé des propos édifiants et plein de grands mots forts, tel que "esclavagisme" dans une tribune sur VVVvvVVvvvVV.

Lançant alors des demi-vérités et des calculs oblitérant des grands pans de vérité, il a martelé le public de la grande injustice alléguée vécue par les RSG. Selon ses savants (sic) calculs, les RSG sont payés un terrible 9,66$ de l'heure, ce qui selon ses dires est moins que le salaire minimum (première erreur de sa part, en date du 1er mai 2010, le salaire minimum a été bonifié à 9,50$ de l'heure). Dans le même esprit, il a mentionné que les éducatrices non spécialisées en garderie font un "faramineux" 21,65$ de l'heure. Une donnée qui est fausse, correspondant au dernier échelon d'une classification comportant 14 années de petites hausses successives, débutant à 14,19$ de l'heure et se terminant à 21,28$ de l'heure et qui atteindra en 2011 ce fameux 21,65$ à son point culminant. On est soudain, beaucoup moins loin du compte! Les demi-vérités ne s'arrêtent pas là! M. Gendron mentionne que les éducatrices reçoivent un "maigre" 26$ par jour par enfant pour veiller aux soins des touts petits. La réalité n'est pas si simple. Il existe deux principales catégorisations des frais en matière de RSG, les enfants de moins de 18 mois et ceux de plus de 18 mois. Le montant stipulé par Gendron correspond à cette seconde catégorie. La première s'accompagne plutôt d'un montant bonifié d'un 9,75$ par jour, portant la contribution à 35,75$. Chaque RSG si elle n'engage pas d'aide, à droit à deux poupons et 4 enfants de plus de 18 mois... En moyenne, elle aura donc 29,25$ par enfant. Une autre façon d'amenuiser l'écart. Cette seule hausse ajoutée au "calcul" de M. Gendron porte le salaire des RSG à 10,87$ de l'heure. Des chiffres déjà beaucoup moins douloureux. Et cela ne s'arrête pas là!

Reprenons les chiffres depuis le début, tabula rasa, refaisons nos comptes. Dans un élan de générosité magnanime, je comparerai le tableau des RSG à un salaire moyen entre le plus bas et le plus haut échelon de l'échelle des éducatrices non formées. Cette moyenne se chiffre à 17,74$ (annuellement: 32 286,80$). Selon mes estimations et observations, je crois pouvoir dire que ce seuil correspond sans doute à l'échelon maximal qu'atteindrait la majorité des RSG. En effet, plusieurs d'entre elles occuperont cet emploi le temps que les enfants atteignent l'âge de la scolarisation. Après quoi elles débuteront pour plusieurs une nouvelle carrière. Seules quelques "vraies de vraie" poursuivront le sentier de cette carrière vocation qui exige un vrai feu sacré pour être perpétué au-delà de la décennie.

Du côté des RSG, nous parlions un peu plus haut d'un montant moyen par enfant de 29,25$ par jour. Multiplions le à l'échelle de la semaine, nous obtenons un compte de 877,50$. Pour bien comprendre les services de garde, il faut toutefois savoir que le 6 enfants qu'il est possible "d'éduquer" par jour est lié au nombre d'enfants de l'éducatrice qui sont âgés sous la barre des 9 ans. Chacun des enfants en question réduit le compte d'autant. La moyenne des québécois ayant 1,731 enfant en 2009, nous soustrairons donc ce nombre symbolique au 6 enfants permis. Reste donc 4,269 enfants. Nous les comptabiliserons à titre de 2 poupons et la balance en enfant de 18 mois et plus. Le montant par semaine devient alors 652,47$ par semaine et par année un montant de 33 928,44$.

M. Gendron mentionnait que les éducatrices avaient ensuite des frais liées à la réalité d'accueillir les enfants dans leur propre maison. Ils doivent entre autre leur procurer un dîner et deux collations. Nous allouerons un budget de 3,50$ par enfant par jour à cet effet. Les enfants occupent un espace dans le domicile des RSG, à cette fin ils utilisent donc, l'eau et l'électricité, ce qui peut avoir pour effet d'augmenter les frais d'électricité du ménage. Mais soyons réaliste: une maison occupée par quatre individus ou dix ne multiplient pas de façon proportionnelle les frais en question. J'avance un montant mensuel de 50$ par mois et je crois même ce montant généreux. Quant aux frais d'espace occupé, difficile de quantifier. Le fait d'avoir un espace consacré à la garderie ne coûte pas en soit plus d'argent au ménage, au pire, cela les prive d'utiliser les lieux à d'autres vocations. Cependant, quel parent ne possède pas de grands espaces de jeux désignés?

De la même façon, une éducatrice peut payer des frais pour se procurer du matériel de jeux, un pouponbus, etc. Mais encore là, la ligne n'est pas simple à tracer: le matériel aurait-il de toute façon été acheté par la mère derrière la RSG? Par souci d'équité nous attribuerons un montant de 1000$ par an aux différents frais en question, qui selon moi sont sans doute en réalité beaucoup moindre et en gardant en tête que ces mêmes jouets réduisent les dépenses du ménage en matière de jouets pour leurs propres enfants. Le dernier coût auquel je peux penser est l'assurance habitation qu'elles devront nécessairement s'adjoindre afin d'éviter des problèmes en cas de sinistre avec l'assureur. Je n'ai aucune idée des frais en question qui doivent de toute façon varier énormément, mais allons-y d'un 600$ annuel, ce qui s'approche du coût d'assurance d'habitation de bien des résidents ou encore aux montants de cotisation professionnel de d'autres. Ces soustractions (au total de 7660$ par an) ramènent le montant précédemment calculé à 26 268,44$ par an. Cela semble moins généreux.

Cependant, c'est ici que les calculs se corsent. À titre de travailleur autonome, titre dont ces mesdames souhaitent se défaire, elles pouvaient déduire l'ensemble des frais engagés de leurs revenus d'impôt. Mais s'agit-il des frais réels imputés à la réalité d'être RSG? Je pense par exemple aux intérêts payés sur l'hypothèque d'un domicile. Comme expliqué un peu plus haut, ce coût en est un qu'on peut difficilement quantifier, à plus forte raison quant on parle du travail d'une RSG qui nécessite des espaces désignés qui ne dénaturent pas véritablement le domicile. Pour plusieurs ces espaces seront de toute façon utilisés tel quel par les enfants de la famille. En matière d'impôt, voici ce que l'on peut soustraire à ces revenus quand on est travailleur autonome. Par souci de simplification nous considérerons l'ensemble des dépenses comme des dépenses courantes. C'est donc dire que les 7660$ de dépenses admises un peu plus haut seront déduites du revenu aux fins du calcul d'impôt. À ce montant s'ajouteront toutefois les frais liés à l'hypothèque. Allons-y d'une hypothèque réaliste de 801,90$ par mois comprenant des frais d'intérêt mensuels moyens de 500$ (146 500 d'hypothèque, sur 25 ans au taux de 4,39%) , accompagnée de 300$ de frais de taxes municipales. Selon les règles d'impôt en matière de travailleur autonome, le travailleur autonome doit calculer combien de pourcentage de la surface de sa résidence est occupée, tout en attribuant un pourcentage de temps réaliste d'occupation des lieux à des fins professionnelles. Disons que la RSG aura calculé occuper le tiers de son espace, il faut ensuite selon ces mêmes calculs réduire le tout de 50%. C'est ce montant que l'on peut ensuite déduire du revenu. Dans le cas présent, le montant annuel sera de 1600$. Portant le revenu imposable à 24 668,44$.

Pour comparer différents scénarios d'imposition, il serait très ardu d'avoir un seul résultat final, incontournable qui vient édicter avec justesse ce qu'obtient Mesdames les RSG versus Mesdames les éducatrices au final dans leurs poches. En effet, l'impact du revenu de ces dernières ne peut être le même si elles sont monoparentales que si elles ont un conjoint qui gagnant 100 000$ par an. Nous ne comparerons que un scénario, s'approchant de la moyenne des ménages québécois, celui d'une femme en couple ayant un conjoint qui gagne 35 000$ par an. Nous utiliserons la calculatrice du ministère des finances, je l'admets, un de mes outils préférés! Il permet de décliner plein de scénarios de vie et d'avoir un portrait relativement réaliste de ce que peut acheter en qualité de vie les ménages par la suite. Les calculs ne sont pas parfaits (car ils ne considèrent pas le fait que par exemple, en tant que travailleur autonome il n'y a pas d'obligations de payer la RRQ, l'assurance-emploi ou les cotisations de RQAP), mais nous vivrons avec cette approximation qui permet quand même un coup d'oeil réaliste. Certaines des RSG paieront de plein gré le RQAP (fois deux, car elles auront à leur charge la portion employeur) dans l'espoir d'obtenir un congé de maternité, sauf qu'elles ont aussi le choix de ne pas le payer quand la famille sera terminée. De la même façon, elles peuvent ou non adhérer à la RRQ (x2, encore une fois responsable de la portion employeur), sauf que cela ne les avantage aucunement de le faire quand on sait que les travailleurs d'aujourd'hui paient bien plus que ce qu'ils ne recevront jamais, elles feraient mieux de placer le tout de leur côté dans des REER... Mais ceci est un autre débat! Pour les fins du calcul, nous rendrons donc disponible ces 3 montants pour d'autres dépenses.

Alors voilà le match décisif final: les RSG sont-elles exploitées, et si oui, à quel point?

RSG
Revenu familial de 35 000$ + 24 668,44$ que nous couperons de 4/52, correspondant à un plus que raisonnable 4 semaines de vacances non payées: score final: 22 770,87$
2 enfants de 3 et 4 ans
Revenu disponible selon la calculatrice en 2009: 48 411$
Revenu disponible en ajoutant la RRQ, l'AE et le RQAP non payé: 49 790$
Si on ajoute à ce nombre les frais soustraits relatifs au logement qui seront de toute façon payés par n'importe quel citoyen, le score final se chiffre à: 51 390$

Éducatrice
Revenu familial de 35 000 + 32 286,80$ (auquel je soustraie 1,5% du salaire correspondant à des charges syndicales, salaire final: 31 802,50$)
2 enfants de 3 et 4 ans placé en garderie subventionné à 7$ toute l'année pour des coûts de 3650$ annuellement)
Revenu disponible en 2009: 53 572$

Surpris? Et oui, la famille de Mme la RSG a moins d'argent dans ses poches au final que Mme l'éducatrice! Pas beaucoup moins. La différence se chiffres à 2182$ malheureux dollars par année. 2182$ qui peuvent être attribués au fait que j'ai choisi un scénario parmi d'autres, au fait que je suis humaine que je fais des erreurs: attribuez-le à ce que vous voulez. Mais il reste qu'au final, la différence FINANCIÈRE est l'histoire d'un choix.

La différence n'est pas quantitative, elle est qualitative. Elle provient du fait que les éducatrices d'un côté auront des journées maladie, des semaines plus courtes (35 heures par semaine versus 50 heures de travail obligatoire), un fonds de pension... Je ne comptabilise pas les vacances payées, puisque j'ai amputé dans mon calcul le salaire des RSG des 4 semaines gouvernementales de vacances d'office... Mais de l'autre côté, les RSG auront des groupes plus petits, la possibilité de choisir les parents et les enfants qu'ils auront pour client, de choisir un horaire de vacances qui leur convient, de terminer occasionnellement plus tôt quand les parents vont chercher leurs enfants à 16 heures alors que la garderie ferme à 17h30, d'éviter le trafic pour retourner à la maison et la possibilité d'être avec leurs enfants à la maison, tous les jours.

Et ça, il paraît que ça n'a pas de prix.



5 commentaires:

  1. J'adore ton dernier paragraphe!

    Non, ça n'a pas de prix... Je suis à la maison par choix, avec mes enfants, à pouvoir décider de mon temps dans la cours, de mes sorties, de mes activités, de mes repas. Je suis maître et j'ai le luxe de ne pas avoir à sortir de chez moi, de pouvoir laisser mes enfants dormir lors de journées pédagogiques, d'être là s'ils sont malades, de passer du temps avec eux comme je le souhaitais.

    C'est un choix et un mode de vie.

    Je pense qu'en grande partie, les RSG n'assument pas cette réalité.

    Et j'ai fait ce choix en ayant mon DEC et en ayant connu la vie en installation; surplus de bruit, autorisation à demander, réservation de salle ou de matériel, s'adapter à chaque enfant plutôt que de choisir les familles que nous voulons accueillir chez nous...

    Je pense que les gens généralisent notre statue un peu vite. Désolée, mais j'ai eu un congé de maternité sur le RQAP qui m'a apporter 70% de mon salaire puis 55% par la suite. J'ai en moyenne, toutes dépenses confondues, 8000$ à soustraire de mes revenus brut et cela, sans compter que si je cotise au max dans mes REER, les fairs d'impôt sont moindre. Bon, d'accord, mon conjoint a un salaire de base qui en vaut la peine, plus des bonus, plus un % sur son rendement... Mais mis-à part cela, je pourrais très bien vivre avec mes 3 enfants sans trop me poser de question!

    Encore une fois, Geneviève, bravo pour ton billet!

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  2. Yesss! Ça veut dire que mon total de frais de 9360$ était pas mal réaliste! :-) Je suis contente!

    Merci Mélanye pour ton apport!

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  3. Tu peux aussi ajouter que, comme moi, il y en a certaine qui travaillent avec des enfants à besoins particuliers ce qui apporte, oui une churcharge de travail, mais une expérience qui n'a pas de prix, des valeurs et des échanges qui en valent la peine et une toute autre dynamique avec les enfants, voir ici une certaine ouverture sur le monde plus précoce que si tout le monde est pareil, avec le même âge et relativement au même stade de développement!

    Il y a aussi la valeur de travailler en multiâge. Et de pouvoir choisir nos heures d'ouverture!
    Moi, le 2hrs que certains font dans le trafic matin et soir, je le passe chez moi à préparer des petits déjeuner à mes amis lève-tôt avec une musique en arrière fond!
    Je peut m'assoire quand je veux, prendre 2 minutes pour me brosser les dents aevc les amis, me faire un café (dans une tasse anti-dégât!!) quand bon me semble... il y a un stresse de performance aussi qui n'est pas le même...

    Mais bon, Désolée, je manque de temps pour élaborer sur le sujet, je suis RSG! :-P

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  4. Voici un texte intéressant à lire! ;)

    http://www.dlalonde.ca/services-de-garde-qui-vous-prend-en-otage/

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  5. Enfin!

    Ça sera la deuxième grève que je vivrai avec les RSG et je suis fâchée. Oui, je suis pour l'amélioration des conditions de travail. Non, je ne suis pas d'accord d'en payer le prix et encore moins lorsque certaines personnes veulent le beurre et l'argent du beurre. Il me semble que c'est un choix libre que de devenir travailleuse autonome et donc d'en assumer les conséquences positives et négatives qui viennent avec cet état d'emploi. Et oui, je suis tout à fait consciente de l'ampleur de la tâche!

    Merci Geneviève pour ce billet plein de bon sens :)

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